Grève générale du 30 janvier 2012
publié le 26/01/2012
Pour le secteur non-marchand, la grève générale est une étape importante d’un mouvement social qui doit émerger aujourd’hui.
Les organisations syndicales, soutenues par certains employeurs du non-marchand, appellent le 30 janvier prochain à une grève générale.
Rappelons d’emblée qu’il n'y plus eu de grève générale en Belgique depuis 20 ans. Il s'agit donc là d'un moment de mobilisation particulièrement important dans l’histoire du mouvement social belge.
L'objectif d'un tel mot d'ordre, en interrompant durant une période limitée le fonctionnement des services, est d'envoyer un message fort aux responsables politiques.
Dans ce cas concret, ce sont évidemment les mesures d'austérité prises par le gouvernement Di Rupo qui sont dans le collimateur des organisations syndicales et des organismes représentant les employeurs, dont la FASS (Fédération des associations sociales et de santé), qui ont rejoint cet appel à la mobilisation.
Quatre raisons principales nous poussent à nous associer aujourd’hui aux organisations syndicales pour appeler à la grève générale:
1. Les politiques d’austérité adoptées par nos gouvernants, présentées très souvent comme « la seule solution » face à la crise, vont limiter davantage encore l’accès à des droits sociaux fondamentaux.
Si tous les groupes sociaux sont concernés par ces mesures, les plus fragiles d’entre eux seront, quoi qu’on en dise, les plus durement frappés. Ne fût-ce que parce que, pour eux, les marges n’existent plus depuis longtemps. Nous pensons particulièrement, aux chômeurs, aux jeunes, aux femmes seules, aux sans-papiers, aux travailleurs âgés, aux allocataires sociaux, à tous ces « surnuméraires » qui vont inévitablement voir se durcir leurs conditions de vie.
2. Les secteurs associatifs et non- marchands subsidiés, par la voix de leurs Fédérations, et en écho aux rapports de l'Observatoire de la santé et du social et aux travaux des Forums de lutte contre la Pauvreté, sont les témoins quotidiens de la montée inquiétante de la précarité, depuis une vingtaine d'années, et particulièrement depuis le début des années 2000. Dans la plupart de nos associations, il devient extrêmement compliqué de garantir à la fois accessibilité pour le plus grand nombre d'usagers, qualité des interventions et bien-être aux travail pour nos équipes. Nous pensons que les plans d'austérité mis en oeuvre actuellement et projetés pour l'avenir, combinés à la concrétisation des accords institutionnels récemment conclus, risquent de faire payer un très lourd tribut au secteur non-marchand. Conséquence : nous serons de moins en moins en situation de répondre efficacement aux besoins sociaux et de santé de toutes celles et ceux que le système économique et financier, dans son fonctionnement actuel, laissent sur le bord du chemin.
3. Ce qui est en jeu aujourd’hui ne peut se réduire au maintien des acquis et des droits individuels, même si ceux-ci sont essentiels. Ces combats, devenus défensifs, butent en permanence sur la question de la responsabilité publique et du rôle de l’Etat dans une économie mondialisée. Les besoins sociaux et de santé d'aujourd'hui sont innombrables. A nous, acteurs sociaux, de rappeler aux responsables politiques que l’avenir ne pourra se construire qu’en garantissant à toutes et à tous les moyens effectifs de ne pas rester « sur le bord du chemin ». Une des façons de répondre à cette responsabilité consiste à conjuguer rigueur et investissement massif dans des politiques publiques durables. Créer de l'emploi durable dans le domaine des services plutôt qu’en détruire est, selon nous, l'une des pistes de réponses essentielles et prospectives à la crise de notre modèle économique et environnemental actuel et aux difficultés sociales du plus grand nombre.
4. Enfin l’idée selon laquelle il n’y aurait pas d’alternative, que l’austérité planifiée serait le seul horizon, butte sur deux obstacles majeurs. Celui de la pertinence économique d’abord, parce que les effets de récession sont dénoncés par des économistes de tous bords et avérés dans tous les pays où l’austérité est appliquée sans plan de relance. Mais aussi celui de la légitimité politique : accepter le diktat des marchés et des agences de notation qui, jusqu’en 2008, organisaient la crise des subprimes en gonflant artificiellement la bulle spéculative immobilière américaine, c’est signifier, dans les faits, la soumission du projet politique démocratique à la violence du marché. C’est mettre en danger l’idée même de la politique au service de la démocratie. Or d’autres choix politiques sont possibles : instaurer l’impôt sur la fortune, limiter drastiquement les intérêts notionnels et conditionner leur octroi à la création d’emploi et à l’investissement dans l’entreprise, taxer les plus-values, lutter contre la fraude et l’évasion fiscales sont des pistes trop vite abandonnées quant elles ne sont pas balayées par les gouvernements en place. Or combinées au développement de l’économie sociale et du non-marchand, ces politiques présenteraient l’avantage majeur de remettre l’économie au service de l’homme et de la solidarité.
Pour toutes ces raisons nous appelons le monde associatif, et plus largement tout le secteur non-marchand, à manifester son inquiétude et à rappeler ses priorités en appelant à soutenir l’appel à la grève générale du 30 janvier prochain.
Charles Lejeune Secrétaire Général FdSS
Pierre Schoemann pour la FASS
Michel Roland expert maisons médicales
Alain Willaert CBCS
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